• Douche

    La douche fuyait.

     

    On se connaissait à peine.

    Il regardait le plafond de sa cuisine.

    - « Est-ce que …tu…, enfin, tu as peut-être une …manière particulière de prendre ta douche ? »

    La question avait du mal à sortir. Je voyais bien qu’il fallait qu’il me la pose, et qu’en parallèle il entrevoyait l’incongruité de sa question.

    Il parlait avec tant de douceur que j’avais envie de le prendre dans mes bras. Je me sentais attendrie de son trouble, et en même temps je me demandais bien où il voulait en venir.

    Je pensais : « Mais oui absolument, je me lave sur le tapis de bain, puis avec mon verre à dents je remets toute l’eau dans le bac à douche. » Mais je ne le dis pas. Je répondis simplement que je prenais ma douche normalement.

    - « Ah, la douche doit être cassée alors … »

    Voilà, c’était simplement cela. Et il s’excusa de m’avoir posé la question.

     

    On se connaissait si peu.

    Il n'y avait que quelques jours que tu me faisais partager ton univers.

    Dans le théâtre de ta maison je m’émerveillais de tes gestes simples que mon émoi rehaussait de cerne noir.  Ta chorégraphie lente du quotidien nourrissait ma tendresse et me restait longtemps en mémoire, jusqu’à ce que, débordée, je les couche sur le papier.

    Tes yeux profonds se posaient sur moi par-dessus la table avec une lueur d’étonnement. Tes yeux disaient tellement ce que tu ne disais pas, la tendresse, la tempérance, l’amour, sûrement.

     

    On se connaissait depuis trois jours.

    J’entrais dans ta maison comme une invitée, sur la pointe des pieds.

    J’entrais dans ta chambre comme une hôte qui n’ose pas toucher.

    J’entrais dans ton monde avec un infini respect.

     

    C’est l’heure aujourd’hui après ce week-end où nous nous sommes griffés de me révolter contre ce temps qui fait de nous des habitués. Contre ces mots qui m’ont désertée.

     

    On se connaissait à peine mais au fond cela a-t-il réellement changé ?

    Ce soir je ressens la nécessité de réaliser que je ne te connais pas, que nos douleurs et nos incommunicabilités naissent de cette part d’inconnu en toi, en moi.

    J’imagine que, comme des invités, des hôtes, nous pourrions avoir à cœur toi et moi, d’entrer avec respect dans nos maisons un peu éprouvées, de nous considérer, au seuil de nos bicoques cabossées, devant des univers à découvrir, dont les tenant et les aboutissants nous échapperont souvent…Nous pourrions avoir à cœur, finalement, de faire comme si, de faire semblant, de nous connaître si peu, depuis trois jours à peine…

     

    Les peines sont grandes et les bonheurs si petits…faisons comme si...

     

    février 2017


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