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    Ce matin Boucle avait revêtu

    Son regard fixe de hibou

    Farfouillant à bride abattue

    Dans son coffret à bijoux

    Elle en tira quelques cailloux

    Qu’elle se glissa autour du cou.

     

    Affalé sur le tapis mou

    Le chien soupirait par à-coups

    La suivant d'un œil doux.

    Il appartenait à  « Mon chou »

    Qui la trompait sans vergogne, son époux.

     

    Boucle regardait l’animal

    De son regard d’animal fou

    Lui balança pour la peine

    Dans le flanc, deux ou trois joujoux.

     

    Elle se prit d’un rire - hyène

    Enjamba le garde-fou

    Tomba pieds-nus sur le sable roux.

     

    Se trouvant moche comme un  pou

    Elle se savait reine, sorcière, marabout

    « Hibou, bijou, caillou, chou, joujou, … »

    Susurrait-elle peu ou prou,

    L’eau lui montait déjà aux genoux…

     mars 2020


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  •  Elle avait appliqué avec soin ombre et mascara en trompe l’œil pour suspendre une caresse à son regard.

    Boucle était arrivée tard, presque au dernier moment. Elle n’avait pas eu envie de se mêler aux plaisanteries et aux préparatifs fébriles. 

    Comme tous elle avait crié « Surprise ! » pour l’anniversaire de Kim, organisé par son homme. Juste avant l’entrée en scène de la reine de la soirée, Boucle avait attrapé deux ballons rose perle qui traînaient à ses pieds pour se les lancer devant la figure à son arrivée.  Elle avait jugé que ça lui donnerait une contenance, à défaut d’un contenu. 

    Elle avait regardé cette femme si menue s’arrêter nette devant les invités. 

    Kim avait dévisagé les invités un à un, bouche ouverte. Puis elle avait dit « Je vais pleurer. » Et elle avait pleuré, des sanglots incisifs : une petite gamme mineure sur un xylophone d’écolier. 

    Les ballons voletèrent un moment, se posèrent aux pieds du compagnon de Kim. Derrière son appareil photo, il se cachait. 

    Boucle observait l’eau au coin de ses yeux. Elle pensait à cet article qu’elle avait parcouru un jour : le sel des larmes ne cristalliserait pas de la même façon selon l’émotion ressentie. Elle imaginait un kaléidoscope de fleurs de sureaux au coin des pattes d’oies qui surplombaient le sourire d’Olivier. 

    Les siennes, remisées juste sous ses paupières, à coup sûr ressemblaient à un enchevêtrement de falaises déchiquetées. 

    Kim embrassa les invités tour à tour, les serra dans ses bras. Les conversations reprenaient, on rallumait les lumières et la musique. 

    La soirée pouvait commencer. Boucle pensait « Je dois maintenant aller vers les autres, discuter. » Un écran diffusait de vieux clips des années 80, le buffet était plein ; elle pourrait au moins s’occuper les mains, sortir fumer une cigarette. 

    Heureusement, Boucle connaissait quelques personnes, elle se trouva des points communs avec quelques autres. Celle-ci enseignait, une avait comme elle espéré avoir des garçons et pas de fille, une autre souhaitait découvrir la danse traditionnelle. Ça ne se déroulait pas si mal. 

    On retirait les pulls sur la piste de danse. Elle se balança un peu . Elle voulait se fondre dans la chaleur humaine, rompre la digue qui cerclait sa poitrine et la privait de ses émotions. 

    Mais rien ne se brisa. 

    Elle avait cousu son cœur. 

    Pour ne pas le laisser faire. Pour ne pas qu’il conclue à l’iniquité de la situation.  Pour que cesse un instant le dialogue de sourd qu’il entretenait avec l’amour depuis toujours. 

    C’était un aller simple pour l’hiver. Un train en marche forcée, dans lequel elle était montée le jour où elle avait choisi la solitude plutôt qu’une relation unilatérale. 

    Elle se disait que ce froid durerait environ toute sa vie. C’était le principe premier de son absence au monde. 

    février 2020 


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  • Un poisson
    Un quartier de citron
    Une gaufre humide
    Un trognon de pomme
    Dans un papier aluminium
    Non ce n'est pas mon repas du soir
    Vous allez voir

    Plusieurs lingettes
    Quelques megos de cigarettes
    Des bâtons de sucettes
    Des morceaux de canettes

    Des capsules en plastique
    Un sachet en plastique
    Un jouet en plastique
    Des ficelles en plastique
    Des emballages en plastique

    Des mouchoirs jetables
    Des mouchoirs jetés
    Décomposés.

    Ma promenade les pieds dans l'eau,
    Les mains pleines de déchets
    Des passants passés avant moi
    Tellement de gens
    Tellement d'adultes
    Tellement de parents...

    Je regarde les enfants jouer...
    Je suis ...décomposée.


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    Tu

    Es belle

    Élégante

    Je suis content

    Et bien dans tes bras

    Sous tes beaux cheveux blonds

    Je pense à toi moi aussi

    Tes yeux occupent mes pensées

    Tes yeux et tout ce qu’il y a autour

    Tu es une femme agréable et super

    Un vrai concentré de qualités humaines

    Mais voilà :  sache-le, j’ai peur de te revoir 

     Je ne suis pas prêt je vais te décevoir

    Je n’ai pas refermé mes cicatrices

    Je crois juste que je me mentais

    Qu’enfin je te mentais aussi

    Pour sortir de mon errance

    Sentimentale, j’attends

    Peut-être un déclic

    Qui ne vient pas

    C’était bien

    Pardonne

    Moi


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    Elle était arrivée la veille, liquéfiée de fatigue, abasourdie par le bruit de la route et du bateau à moteur. Débarquée à l’aube sur le quai désert, elle avait marché jusqu’à la lisière du bourg.  La porte de la vieille maison de pierres grises grinçait toujours autant, elle avait monté l’escalier qui menait à l’unique pièce de l’étage, et s’était endormie toute habillée sur le lit en bois de son aïeule, dans le silence profond qui précède les tempêtes.

    Quel était le sens de tout ça, ce départ précipité de Paris, sans bagages, cette décision défiant toute logique ? Elle n’avait prévenu personne, ni son boulot, ni ses parents, ni même Tommy, qui devait se faire un sang d’encre.

     

    Dans l’habitacle de sa voiture, elle avait rejoué cent fois la partie d’échec qui avait nommé ce gouffre dans lequel elle se sentait infiniment aspirée. 

    En plaçant et déplaçant les membres de sa famille incarnés par des inconnus dans l’espace devant elle, quelque chose était apparu, qui avait soulevé une marée de larmes interminables.

    La nouvelle n’en avait pas été une. Boucle l’avait toujours su :  ailleurs et avant, elle avait eu un double. Il avait suffi d’un instant pour que l’une des deux se désolidarise de l’autre et entraîne dans sa chute sans fin sa moitié, lestée de culpabilité et de ressouvenances confuses.

    Le meneur avait baptisé son ouragan : jumeau perdu.

     

    Jumeau perdu.

     

    Comment deux mots aux consonnances si douces pouvaient-ils entraîner en elle un soulèvement aussi violent ?

     

    Le café refroidissait dans le bol.  Boucle avait posé les coudes sur le formica gelé de la table. Elle n’avait pas allumé le chauffage et ne tremblait pas pour autant.

    Tôt le matin, le chat avait gratté à la porte, elle lui avait ouvert, il avait sauté sur la table, replié ses pattes sous lui, sommeillait par intermittence en observant de temps en temps sa compagne imprévue. Depuis le décès de sa grand-mère, le mois dernier, les voisins le nourrissaient.  Boucle se laissait hypnotiser par ses ronronnements.

                                                           

    Son regard attrapa le calendrier des postes. On n’en voyait plus des comme celui-là, flanqué de deux chatons dans un panier en osier. Sa grand-mère l’avait punaisé dans le bois tendre du vaisselier, dessus figuraient, notées au stylo tremblotant, les dates d’anniversaire des uns et des autres. La sienne y était notée également, le 5 février, c’était pour bientôt. 

    Le chat se leva, étira ses pattes et vint frotter sa tête fraîche sur sa main. Elle ne bougea pas.

    Boucle fixait le point rouge, sur la colonne du mois de janvier, le 11, et son prénom écrit à côté.

     

    Une vague glacée monta soudain et la souleva de sa chaise, qui se renversa sur les tommettes avec fracas, le chat détala.

    Elle trouva le mur derrière elle et se laissa dégouliner sur ses jambes.

    Sa grand-mère savait : le 11, c’était hier, elle savait que Boucle allait venir.

    Cette force qui l’avait menée ici c’était donc cela : elle avait simplement obéi au repère sur le calendrier.

     

    Le chat voulait sortir, il faisait des va-et-vient devant la porte en miaulant pour la sortir de sa torpeur. 

     

    Elle attrapa le ciré sur la patère.

    Elle voulait l’océan, les embruns, le sel âpre et le sable qui cingle, elle voulait le froid tranchant les lèvres et les doigts, les algues pourrissantes qui donnent la nausée, elle voulait creuser la vase jusqu’à se casser les ongles, déterrer l’ancre qui l’arrimait au vide.

    Elle voulait la tempête pour souffler sa vie où rien n’était à sa place, sa vie où l’absence pillait ses moindres désirs.

    Il y avait eu erreur, quelque chose avait faussé son chemin.

     

    Ils annonçaient les grandes marées pour dans quelques heures.  Elle attendrait. Là, dans le port, assise sur les rochers.

     

    En contemplant l’eau plate et sombre devant elle, Boucle ne se donna qu’une seule consigne :  rester sur l’île jusqu’à faire sauter les digues qui rétrécissaient son univers depuis toujours.

    Résoudre l’anagramme de sa vie, enfin.

     

    Son portable vibra dans sa poche, Tommy :

    « L’audace est un cadeau. Tu as bien fait. »

     

    janvier 2019

     

     

     

     

     

     


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