• Un poisson
    Un quartier de citron
    Une gaufre humide
    Un trognon de pomme
    Dans un papier aluminium
    Non ce n'est pas mon repas du soir
    Vous allez voir

    Plusieurs lingettes
    Quelques megos de cigarettes
    Des bâtons de sucettes
    Des morceaux de canettes

    Des capsules en plastique
    Un sachet en plastique
    Un jouet en plastique
    Des ficelles en plastique
    Des emballages en plastique

    Des mouchoirs jetables
    Des mouchoirs jetés
    Décomposés.

    Ma promenade les pieds dans l'eau,
    Les mains pleines de déchets
    Des passants passés avant moi
    Tellement de gens
    Tellement d'adultes
    Tellement de parents...

    Je regarde les enfants jouer...
    Je suis ...décomposée.


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    Tu

    Es belle

    Élégante

    Je suis content

    Et bien dans tes bras

    Sous tes beaux cheveux blonds

    Je pense à toi moi aussi

    Tes yeux occupent mes pensées

    Tes yeux et tout ce qu’il y a autour

    Tu es une femme agréable et super

    Un vrai concentré de qualités humaines

    Mais voilà :  sache-le, j’ai peur de te revoir 

     Je ne suis pas prêt je vais te décevoir

    Je n’ai pas refermé mes cicatrices

    Je crois juste que je me mentais

    Qu’enfin je te mentais aussi

    Pour sortir de mon errance

    Sentimentale, j’attends

    Peut-être un déclic

    Qui ne vient pas

    C’était bien

    Pardonne

    Moi


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    Elle était arrivée la veille, liquéfiée de fatigue, abasourdie par le bruit de la route et du bateau à moteur. Débarquée à l’aube sur le quai désert, elle avait marché jusqu’à la lisière du bourg.  La porte de la vieille maison de pierres grises grinçait toujours autant, elle avait monté l’escalier qui menait à l’unique pièce de l’étage, et s’était endormie toute habillée sur le lit en bois de son aïeule, dans le silence profond qui précède les tempêtes.

    Quel était le sens de tout ça, ce départ précipité de Paris, sans bagages, cette décision défiant toute logique ? Elle n’avait prévenu personne, ni son boulot, ni ses parents, ni même Tommy, qui devait se faire un sang d’encre.

     

    Dans l’habitacle de sa voiture, elle avait rejoué cent fois la partie d’échec qui avait nommé ce gouffre dans lequel elle se sentait infiniment aspirée. 

    En plaçant et déplaçant les membres de sa famille incarnés par des inconnus dans l’espace devant elle, quelque chose était apparu, qui avait soulevé une marée de larmes interminables.

    La nouvelle n’en avait pas été une. Boucle l’avait toujours su :  ailleurs et avant, elle avait eu un double. Il avait suffi d’un instant pour que l’une des deux se désolidarise de l’autre et entraîne dans sa chute sans fin sa moitié, lestée de culpabilité et de ressouvenances confuses.

    Le meneur avait baptisé son ouragan : jumeau perdu.

     

    Jumeau perdu.

     

    Comment deux mots aux consonnances si douces pouvaient-ils entraîner en elle un soulèvement aussi violent ?

     

    Le café refroidissait dans le bol.  Boucle avait posé les coudes sur le formica gelé de la table. Elle n’avait pas allumé le chauffage et ne tremblait pas pour autant.

    Tôt le matin, le chat avait gratté à la porte, elle lui avait ouvert, il avait sauté sur la table, replié ses pattes sous lui, sommeillait par intermittence en observant de temps en temps sa compagne imprévue. Depuis le décès de sa grand-mère, le mois dernier, les voisins le nourrissaient.  Boucle se laissait hypnotiser par ses ronronnements.

                                                           

    Son regard attrapa le calendrier des postes. On n’en voyait plus des comme celui-là, flanqué de deux chatons dans un panier en osier. Sa grand-mère l’avait punaisé dans le bois tendre du vaisselier, dessus figuraient, notées au stylo tremblotant, les dates d’anniversaire des uns et des autres. La sienne y était notée également, le 5 février, c’était pour bientôt. 

    Le chat se leva, étira ses pattes et vint frotter sa tête fraîche sur sa main. Elle ne bougea pas.

    Boucle fixait le point rouge, sur la colonne du mois de janvier, le 11, et son prénom écrit à côté.

     

    Une vague glacée monta soudain et la souleva de sa chaise, qui se renversa sur les tommettes avec fracas, le chat détala.

    Elle trouva le mur derrière elle et se laissa dégouliner sur ses jambes.

    Sa grand-mère savait : le 11, c’était hier, elle savait que Boucle allait venir.

    Cette force qui l’avait menée ici c’était donc cela : elle avait simplement obéi au repère sur le calendrier.

     

    Le chat voulait sortir, il faisait des va-et-vient devant la porte en miaulant pour la sortir de sa torpeur. 

     

    Elle attrapa le ciré sur la patère.

    Elle voulait l’océan, les embruns, le sel âpre et le sable qui cingle, elle voulait le froid tranchant les lèvres et les doigts, les algues pourrissantes qui donnent la nausée, elle voulait creuser la vase jusqu’à se casser les ongles, déterrer l’ancre qui l’arrimait au vide.

    Elle voulait la tempête pour souffler sa vie où rien n’était à sa place, sa vie où l’absence pillait ses moindres désirs.

    Il y avait eu erreur, quelque chose avait faussé son chemin.

     

    Ils annonçaient les grandes marées pour dans quelques heures.  Elle attendrait. Là, dans le port, assise sur les rochers.

     

    En contemplant l’eau plate et sombre devant elle, Boucle ne se donna qu’une seule consigne :  rester sur l’île jusqu’à faire sauter les digues qui rétrécissaient son univers depuis toujours.

    Résoudre l’anagramme de sa vie, enfin.

     

    Son portable vibra dans sa poche, Tommy :

    « L’audace est un cadeau. Tu as bien fait. »

     

    janvier 2019

     

     

     

     

     

     


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    Hello Boucle.

     

    Un tank t’a roulé dessus ou quoi ?

    C’est le calme. Plat.

    Rien dessus, rien dessous.

    Ça fait combien de temps que tu es morte ?

    Bien pliée bien rangée dans ton petit paquet, immaculé mouchoir en papier

     

    C’est ton anniversaire, ma vieille. Arrête de la mettre en veilleuse.

    Ce soir, on rallume tes chandelles.

    N’as-tu pas des espérances qui mangent tes entrailles ?

    Ta leucosélophobie prend fin avec les heures fades.

     

    Tu l’as eu ton berger.

    Il a donné de sa houlette pour sarcler tes jours-topinambours

    Et bouté ton hygiène théorique et ta rhétorique du sur-place,

    A grand coup de jeu il a levé un essaim de désirs.

    Suis-les, et écris des merveilles.


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  • ADO

    A comme « A fond ! »

     

    7h53 : l’heure de descendre de notre troisième, de grimper dans la voiture pour déposer Gab au collège, qui est à 3 minutes.

    Ça sonne à 58 : on est large. Speed, comme d’hab, mais large.

     

    D comme Dépit

    J’ouvre la porte de sa chambre : il est assis, bouteille de parfum à la main, main en suspens. Romano sur Skyrock. Le gosse est scotché, et moi …dépitée.

    Brosse à dents dans la bouche, je le secoue un peu : « Dé ’èche-‘oi ! »

    « Oui ». Les yeux dans le vague.

     C’est pas gagné.

     

    Chaussures aux pieds, sac en main, manteau sur le dos :  j’ai chaud.

    Je rouvre la porte. C’est mieux, il est debout.

    « C’est l’heure de partir, Gab ! »

    « Oui ».

    Il va mettre ses chaussures. Je bous.

     

     

    O comme Oculaire

    On a 15 secondes d’avance, du coup on prend l’ascenseur qui est déjà là.

    Gab se replace la mèche devant le miroir. Je le sermone,  un peu,  pour la forme.

    « Alors toi, à 2 minutes de partir, tu écoutes Romano !? »

    Il se tourne vers moi, les yeux révulsés :

    « On dirait que j’ai plus de pupilles… »

    Les points d’interrogation, d’exclamations doivent s’échapper de ma tête en volutes noires car il ajoute :

    « Si ça s’trouve, j’ai plus d’yeux… »

     

     

    …J’aime mon ADO.

     


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